Acheteur compulsif : d’où vient cette addiction ?

Si se laisser aller de temps en temps dans les dépenses folles n’est pas forcément le signe d’une maladie, quand on n’arrive plus à contrôler son désir d’acheter quelque chose, là il faut s’inquiéter. On est peut-être un acheteur compulsif. Pour mieux maîtriser ce trouble, qui fait partie des troubles obsessionnels compulsifs, il est important d’en connaître les causes.

Acheteur compulsif : définition

Si nous avons tous cette fâcheuse tendance à faire virer la carte bancaire au rouge à la vue d’une jolie paire de chaussures, certaines personnes franchissent malheureusement la ligne qui sépare le shopping utile de l’achat compulsif.

Egalement appelé « frénésie incontrôlable d’achats » ou encore « oniomanie », l’achat compulsif est un achat non réfléchi qui est poussé par un besoin irrépressible et incontrôlé de faire des achats. C’est un peu comme l’addiction à l’alcool ou à la drogue. Voilà pourquoi on appelle encore ce trouble la manie compulsive des achats, tout simplement parce qu’il relève de l’obsession, de l’addiction au shopping. Les psy le considèrent d’ailleurs comme une pathologie, un trouble obsessionnel compulsif ou Toc.

Au même titre que l’addiction à Internet ou au jeu, l’achat compulsif est une addiction comportementale. Selon les résultats d’une étude scientifique récente, les molécules qui entrent en jeu lors d’une addiction au shopping sont les mêmes que celles dans une addiction au jeu. Il s’agit de la dopamine et de la sérotonine.

L’achat compulsif a été décrit pour la première fois en 1915 par le psychiatre allemand Emil Kraepelin. Ce n’est qu’au début des années 90 qu’il a été considéré comme une maladie. C’est une pathologie psychique, un trouble du comportement qui s’apparente à une addiction ou à une toxicomanie sans drogue.

L’acheteur compulsif ressent une envie pressante et permanente d’aller acheter des objets qui ne lui servent pas forcément. Il achète tout et n’importe quoi et dépense sans compter. Cette obsession de l’achat envahit tout son esprit à tel point qu’il ne vit plus que pour cela. Il ressent des tensions non maîtrisées et des angoisses qu’il pense adoucir par l’acte d’achat. Ainsi, s’il se retrouve dans l’impossibilité d’acheter, il va ressentir frustration et irritation.

Contrairement à l’excitation avant l’acte d’achat, l’acheteur compulsif enchaîne les sentiments négatifs après l’achat : déception, culpabilité, honte, sentiment d’incompréhension, etc. Il ne peut pas s’empêcher de se culpabiliser d’avoir dépensé inutilement de l’argent et de mettre en péril sa situation financière. Cette situation finit par affecter sa vie personnelle et professionnelle.

Comment se manifeste-t-il ?

Acheteur compulsif - dépensier

L’achat compulsif est souvent déclenché par un vide émotionnel, un sentiment de manque tel que la solitude. Celui qui en souffre veut combler ce vide par l’achat. Malheureusement, ce dernier ne permet pas de calmer le sentiment de manque qu’il éprouve. Il est alors tenté de répéter l’acte maintes fois. D’où sa préoccupation excessive autour du shopping.

L’achat ne procure chez l’acheteur compulsif qu’une euphorie éphémère qui sera immédiatement suivie par un sentiment de culpabilité, de déception, de tristesse, voire de détresse.  Et le cercle vicieux continue. Il va faire des achats pour combler ces sentiments négatifs. Mais, sa recherche sera vaine comme lors du premier cycle.

Quand il va enchaîner achat sur achat, à un moment donné, il va s’endetter. L’acheteur compulsif est prêt à prendre un découvert pour assouvir sa soif de shopping. Quand les problèmes financiers se manifesteront, il va adopter un comportement de dissimulation. Autrement dit, il va se cacher lorsqu’il va faire du shopping par honte ou de peur d’être jugé. Souvent, l’entourage n’accepte pas ces achats, cela va donc créer des tensions familiales ou au sein du couple.

L’acheteur compulsif achète des objets qui sont incompatibles avec ses ressources financières. Il va dépenser des sommes faramineuses pour des objets inutiles et superflus, qui sont néanmoins orientés vers le plaisir. Certains achats se portent sur de la nourriture. Cela se voit notamment dans les troubles alimentaires comme l’anorexie ou la boulimie.

L’acheteur compulsif va aussi faire des achats en excès. Il est capable de reproduire un achat plusieurs fois en une journée pour chercher vainement de la satisfaction. Enfin, les achats qu’il effectue sont aussi guidés par l’émotion.

Les achats compulsifs peuvent être accompagnés d’autres problématiques telles que l’insomnie, l’euphorie, l’excitation, l’hypersexualité, la familiarité, la mégalomanie, etc. Ils peuvent aussi être corrélés à d’autres troubles tels que la dépression. Dans ce cas, l’achat compulsif devient un symptôme d’un autre trouble.

Les causes de l’achat compulsif

Une enfance malheureuse

L’achat compulsif trouve souvent son origine dans une enfance marquée par une relation enfant-parents manquante ou dysfonctionnelle. L’enfant qui a été négligé ou maltraité par ses parents ressentira un vide à l’intérieur et grandira avec une mauvaise estime de soi. La raison est qu’il se sent souvent peu important par rapport aux autres. Pour combler ce déficit, il va se tourner vers des choses matérielles telles que des jouets ou des aliments.

Les enfants qui cherchent à se consoler derrière des objets sont plus susceptibles de devenir des acheteurs compulsifs une fois grands. Ils vont essayer de prendre leur revanche sur le passé par le shopping.

Les autres causes psychologiques

Les personnes dont l’identité est mal définie et qui sont à la recherche d’une identité vont aussi se cacher dans les achats pour se construire une personnalité. Elles vont le faire pour se donner l’illusion d’être une personne spéciale.

De même, ceux qui manquent de confiance en soi, quelle qu’en soit la raison, sont aussi susceptibles de devenir des acheteurs compulsifs. Ils se considèrent comme des personnes sans intérêt. Ils estiment que le shopping pourrait les aider grandement dans leur période de doute et changer les choses. Or, ce n’est pas le cas.

Bien souvent, pour ce profil d’acheteurs compulsifs, les objets achetés ne leur sont pas destinés, mais à d’autres personnes comme leurs enfants ou conjoints. Le manque de confiance en soi entraîne effectivement une difficulté à exprimer ses sentiments par des mots. A la place des mots, ils vont offrir des cadeaux.

Enfin, les personnes qui présentent certains traits de caractère comme une intolérance à la frustration ou de l’impulsivité, qui ont du mal à gérer leurs émotions deviennent aussi plus facilement accro au shopping.

Cause neurologique

Un scientifique français, travaillant à l’Institut de la santé et de la recherche médicale, a démontré que l’achat inconsidéré peut aussi être lié à une fatigue du cerveau. Un cerveau qui vient d’être sollicité durement ne travaillera pas assez pour aider à faire des choix rationnels. Ainsi, faites du shopping plutôt le matin et non le soir après une dure journée de travail pour limiter les dégâts liés à l’achat compulsif.

Un appel permanent à la surconsommation

On vit aujourd’hui dans une société de consommation où on est sollicité de façon permanente. Aujourd’hui, un jean à taille basse est tendance. Ce ne sera plus le cas demain. Il sera dépassé par un jean à taille haute. De même, un smartphone avec X fonctionnalités sort aujourd’hui. Demain, il sera dépassé par un autre modèle plus performant.

Cet avancement à grande vitesse de la mode est très néfaste pour les acheteurs compulsifs. En effet, il invite à consommer encore et toujours. Alors que le dernier téléphone qu’on avait marchait toujours, on a déjà envie d’avoir le dernier modèle lancé.

L’apparition de nouveautés hebdomadaires pousse à effectuer des achats de courte durée. A ceci s’ajoutent les multiples publicités et la pression médiatique qui créent de nouveaux besoins à consommer sans attendre. Dans les magasins, tout est fait pour attirer l’attention et pousser les consommateurs à l’achat. Tout le monde, y compris l’acheteur compulsif, est donc tenté tout le temps. Pour suivre le mouvement, il doit se laisser aller.

Il ne faut pas oublier le remarquable succès du e-shopping. Les boutiques en ligne ont vraiment explosé ces dernières années. Elles ont fait naître un nouveau mode de consommation qui est beaucoup plus pratique, plus rapide et plus simple. Devant votre écran, vous avez juste à faire quelques clics pour valider votre commande. Celle-ci sera livrée chez vous en quelques jours. Tout ceci est à l’origine du boom des achats compulsifs.

Les promotions à n’en plus finir

Les concepts marketing, qui sont inspirés des fonctionnements mentaux, incitent aussi à consommer sans arrêt. En dehors des soldes, les boutiques, qu’elles soient physiques ou en ligne, proposent régulièrement de nombreuses promotions pour attirer les consommateurs. Ces promotions, qui consistent en une baisse du prix ou en l’octroi de cadeau, constituent une véritable tentation à l’achat. Loin de faciliter la gestion des finances, ces promotions incitent ouvertement à l’achat ou au remplacement.

Le consommateur va acheter le produit en promo même s’il n’en a pas vraiment besoin.

L’émergence de la monnaie virtuelle

Cartes bancaires, mobile banking, paiement en ligne, chèques, … les monnaies virtuelles viennent aujourd’hui remplacer le fameux billet de banque. Or, cette révolution est loin d’être favorable à la gestion budgétaire. L’absence de support physique fait qu’on a du mal à prendre conscience de l’argent qu’on dépense réellement.

L’accessibilité du crédit encourage aussi les dépenses folles. Les efforts fournis par les banques et les établissements de crédit pour améliorer les conditions d’accès des crédits sont peut-être bons pour la relance de l’économie et l’augmentation du pouvoir d’achat, mais ils poussent aussi à consommer davantage.

Le goût de la concurrence et de la possession

Dans une société d’abondance, on ne dépense plus l’argent pour acheter quelque chose qu’on aime, dont on a besoin ou qui est intéressante. L’objet n’a plus aucune importance. C’est le fait d’acheter un objet qui est vraiment important. Parce qu’on veut avoir ce produit dernier-cri absolument et qu’on ne veuille pas qu’il soit à un autre, on est prêt à débourser une fortune. Peu importe qu’on vienne d’en acheter un objet similaire la veille.

L’envie de se faire plaisir à soi-même

Parfois, après une déception amoureuse, une enfance malheureuse ou une vie conjugale frustrante, on n’a qu’une seule envie : s’offrir une folie et se faire plaisir soi-même. Attention, cette idée peut vous faire du bien psychologiquement, mais elle n’est pas sans risques pour votre portefeuille. C’est souvent le début des achats obsessionnels et compulsifs.

Qui sont les plus concernés par l’achat compulsif ?

Acheteur compulsif - dépensier compulsif

Tout le monde n’a pas le même niveau de résistance face à tous ces facteurs qui déclenchent l’achat compulsif. Tout d’abord, les femmes sont plus touchées que les hommes. Huit acheteurs compulsifs sur dix sont des femmes.

Les hommes qui souffrent de ce trouble sont relativement plus jeunes et ont un niveau de vie plus élevé. Ils raffolent notamment des produits informatiques, des équipements de musique et des produits pour la voiture. Les femmes, quant à elles, sont plus attirées par les produits cosmétiques, les vêtements, les parfums, les chaussures, les bijoux et la lingerie.

Aujourd’hui, 11,1% de la population sont touchés par les dépenses compulsives. Leur moyenne d’âge est de 36 ans. Plus de la moitié sont mariés.

Les différents facteurs qui pourraient aggraver l’achat compulsif

Les facteurs biologiques

Une perturbation de certains systèmes tels que le système dopaminergique ou le système sérotoninergique est susceptible de favoriser l’apparition des achats compulsifs.

Les facteurs psychologiques

Comme évoqué plus haut, de nombreux facteurs psychologiques provoquent ou aggravent le comportement d’achat compulsif. Parmi eux, on retrouve la faible estime de soi, le narcissisme, le perfectionnisme, l’ennui, la déprime, l’anxiété, les difficultés à prendre une décision, etc.

Les facteurs sociaux

Une attitude positive envers la consommation est certes une bonne chose pour les hommes de marketing, mais pas vis-à-vis du comportement d’achat. A cause d’elle, vous êtes un espace ouvert pour les achats compulsifs.

Le stress et le manque de communication au sein de la famille favorisent aussi la dépendance à l’achat.

L’achat compulsif est un trouble comportemental qui fait aujourd’hui de nombreuses victimes. Si vous en faites partie ou si vous avez peur de devenir accro au shopping, cet article vous a aidé à identifier les différentes causes ainsi que les facteurs aggravants de ce trouble.